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Annuaire Culturel

Slice and Dice, 2016, Wood, glazed ceramic, 56 x 30 x 25 cm web

What if the moon were made of green cheese ?

Categories: Expositions, Vernissages

Rue de l'Abbaye 8b, 1050 Bruxelles
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Un bloc de marbre était si beau
Qu’un statuaire en fit l’emplette.
« Qu’en fera, dit-il, mon ciseau ?
Sera-t-il dieu, table ou cuvette ?
Il sera dieu : même si je veux
Qu’il ait en sa main un tonnerre.
Tremblez humains ! Faites des vœux :
Voilà le maître de la terre. »
Jean de La Fontaine – Le statuaire et la statue de Jupiter (1678)

Un bloc de pierre, de terre, de béton ou de bois, voilà l’origine strictement matérielle de la sculpture. Que faire de la matière ? Que lui faire dire ? Comment la faire entrer en résonnance avec une histoire extrêmement riche ? Keen Souhlal est attentive aux propriétés physiques des matériaux, à leur portée symbolique, mais aussi à leur histoire. Elle injecte cette connaissance dans une réflexion où le passé et le présent cohabitent, s’attirent et s’hybrident. Les œuvres, semblables à des artefacts archéologiques, déplacent les définitions et le statut des matériaux, ainsi que des objets soigneusement sélectionnés. Les sculptures résultent de recherches à la fois techniques, matérielles et formelles. L’artiste utilise le bois, la terre, la lave, les fibres végétales, la pierre, le béton ou le métal pour investir soit des formes préexistantes dans la nature, soit des objets résultant de pratiques artisanales et traditionnelles comme la vannerie, l’ébénisterie ou la céramique. Elle étudie par exemple la conception d’hameçons de pêche issus de cultures différentes (Nouvelle-Zélande, Polynésie) pour réaliser une nouvelle série de sculptures en céramiques. Si la substance formelle de l’hameçon est conservée, l’artiste n’hésite pas à en transformer la matérialité et l’échelle. Du totem à l’amphore, en passant par le panier tressé, Keen Souhlal revisite des objets usuels et traditionnels. Elle s’empare de leurs structures et de leurs spécificités pour générer des sculptures aux formes nouvelles et composites. En ce sens, elle active un processus de métissage, ou, de ce qu’Édouard Glissant nomme la créolisation : « La créolisation, c’est un métissage d’arts, ou de langages qui produit de l’inattendu. C’est une façon de se transformer de façon continue sans se perdre. C’est un espace où la dispersion permet de se rassembler, où les chocs de culture, la disharmonie, le désordre, l’interférence deviennent créateurs. C’est la création d’une culture ouverte et inextricable, qui bouscule l’uniformisation par les grandes centrales médiatiques et artistiques. » En instaurant une conception de la sculpture qui se situe entre la géologie, l’ethnologie et l’archéologie, Keen Souhlal établit des ponts entre les territoires, entre l’art et l’artisanat, entre la nature et la culture, entre l’Orient et l’Occident, entre l’artificiel et le naturel. Les œuvres délivrent une lecture plurielle de la géographie, des paysages, des cultures, des objets et des matières naturelles. Alors, par l’hybridation et la contamination, Keen Souhlal décloisonne les modèles et produit de l’inattendu.
Julie Crenn

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